Un enfant peut-il vraiment grandir sans viande ?

Petit garçon croquant dans un brocoli
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L’alimentation végétale progresse dans les familles, portée par des préoccupations éthiques, environnementales et de santé. Lorsqu’il s’agit des enfants, cette évolution suscite toutefois de nombreuses questions. La croissance étant une période exigeante sur le plan nutritionnel, l'idée de retirer les produits animaux de l’assiette peut sembler risquée. 

Pourtant, lorsque l’on analyse les données scientifiques dans leur ensemble, le débat apparaît bien plus nuancé que ne le suggèrent certains articles alarmistes récents. La question n’est pas de savoir si une alimentation végétale est possible chez l’enfant, cela a déjà été démontré, mais plutôt dans quelles conditions elle peut être sécurisée et même bénéfique.

Croissance : comprendre les différences mesurées

Une méta-analyse de grande ampleur montre que les enfants suivant une alimentation végétarienne ou végane présentent en moyenne une taille et un indice de masse corporelle légèrement inférieurs à ceux des enfants omnivores. Mais cette observation mérite d’être replacée dans son contexte.

Les écarts observés sont modérés, de l’ordre de 1 à 3 centimètres, et les enfants concernés restent dans les normes de croissance pédiatriques. Les chercheurs ne parlent pas de retard de croissance, mais d’une morphologie moyenne plus fine. 

Un élément essentiel est par ailleurs souvent passé sous silence : lorsque les analyses tiennent compte de la taille des parents et de la qualité de la planification alimentaire, ces différences s’atténuent fortement. La génétique et l’équilibre global de l’alimentation jouent donc un rôle déterminant, quel que soit le régime suivi.

Besoins nutritionnels : le vrai enjeu, c’est la planification !

L’enfance est une période exigeante sur le plan nutritionnel. Les besoins en énergie, et micronutriments comme le fer, le zinc, le calcium, la vitamine D ou la vitamine B12 sont élevés, et doivent être couverts de manière quotidienne. 

Les études montrent que ces apports peuvent être plus faibles chez les enfants végétariens ou véganes. Mais les apports observés restent, dans la majorité des cas, dans les recommandations nutritionnelles.

Par ailleurs, les insuffisances nutritionnelles concernent tous les enfants, y compris les omnivores. Consommer des produits animaux ne protège pas automatiquement contre les déséquilibres nutritionnel. D’autres données montrent que les enfants omnivores présentent fréquemment des apports insuffisants en fibres, folates, vitamine E ou calcium. Le problème n’est donc pas l’exclusion des produits animaux en soi, mais la qualité et l'équilibre de l’alimentation proposée.

La seule exception clairement identifiée et unanimement reconnue concerne la vitamine B12, qui doit impérativement être supplémentée dès lors qu’aucun produit d’origine animale n’est consommé, chez les enfants comme les adultes.

Apports énergétiques : un point d’attention à ne pas négliger

Un reproche fréquent adressé aux alimentations végétales chez l’enfant concerne des apports énergétiques parfois plus faibles. En effet, les aliments végétaux sont souvent riches en fibres, ce qui peut augmenter la satiété avant que les besoins énergétiques ne soient couverts. C’est pourquoi une alimentation végétale pédiatrique doit intégrer des aliments à densité énergétique suffisante, répartis tout au long de la journée.

Une planification adaptée permet d’augmenter l’apport calorique sans augmenter les volumes, en jouant sur :

  • des sources alimentaires stratégiques,
  • la fréquence des repas et collations,
  • la construction du repas.

Comme pour toute alimentation, ce n’est pas le véganisme en soi qui pose problème, mais la nécessité d’avoir des repères adaptés aux enfants.

Le fer : un problème de santé publique, pas un problème végétal

Le fer est un nutriment dont les besoins sont extrêmement élevés dans la petite enfance et il est souvent présenté comme le nutriment à risque emblématique des alimentations végétariennes et véganes. Pourtant, les données de santé publique montrent que 20 à 30 % des enfants en France présentent un risque de déficit en fer, alors même que la grande majorité d’entre eux consomment de la viande.

Le déficit en fer est donc un problème global, et non lié à l’absence de produits animaux. Une alimentation végétale bien construite, intégrant des sources végétales de fer et des stratégies favorisant son absorption, peut parfaitement couvrir les besoins dès la petite enfance.

Calcium et vitamine D : des enjeux transversaux

La question du calcium et de la vitamine D revient souvent, notamment lorsqu’on aborde la santé osseuse. La meta-analyse montre que les apports en calcium sont fréquemment insuffisants chez les enfants, tous modes alimentaires confondus. Quant à la vitamine D, elle mérite une attention particulière chez tous les enfants, quelle que soit leur alimentation. Elle est en grande partie synthétisée grâce à l’exposition au soleil, une exposition qui doit toutefois rester limitée chez l’enfant pour des raisons de protection cutanée. En France, cette synthèse est de toute façon insuffisante une grande partie de l’année.

Ces deux nutriments nécessitent donc une vigilance adaptée. Pour la vitamine D, une supplémentation systématique chez l’enfant est d’ailleurs recommandée jusqu’à 18 ans. Concernant le calcium, s’il est vrai que de nombreux végétaux en contiennent naturellement, l’enrichissement des produits végétaux (boissons végétales, alternatives aux produits laitiers, etc.) constitue un atout précieux, facilitant grandement la couverture des besoins au quotidien.

Là encore, ce n’est pas le choix du mode alimentaire qui fait la différence, mais la manière dont il est pensé, encadré et accompagné.

Des bénéfices métaboliques souvent minimisés

Un aspect pourtant constant dans les études est trop souvent relégué au second plan : les enfants végétariens et véganes présentent des marqueurs cardiovasculaires plus favorables, avec des taux plus bas de cholestérol total et de LDL-cholestérol.

Ces marqueurs sont loin d’être anecdotiques. Le processus athéroscléreux débute dès l’enfance et évolue silencieusement pendant des décennies. Des profils lipidiques plus favorables dès le plus jeune âge sont associés à un risque cardiovasculaire réduit à l’âge adulte. Dans un contexte où les maladies cardiovasculaires constituent la deuxième cause de décès en France, il apparaît d’autant plus pertinent de s’en préoccuper le plus tôt possible.

Alors, un enfant végane ou végétarien est-ce que c’est possible sans danger ?

Les données scientifiques actuelles convergent vers une conclusion claire :
une alimentation végétarienne ou végétalienne peut soutenir une croissance normale chez l’enfant, voire même être bénéfique, à condition d’être bien pensée, adaptée à ses besoins et accompagnée.

Le débat ne devrait donc pas opposer les régimes alimentaires entre eux, mais interroger les conditions dans lesquelles ils sont mis en œuvre. Une alimentation végétale improvisée peut poser problème, mais il en va de même pour n’importe quelle alimentation déséquilibrée en période de croissance.

Et à long terme ?

Les bénéfices des alimentations végétales ne se limitent pas à l’enfance. Une grande étude de référence, l’Adventist Health Study, menée par la Loma Linda University et publiée en août 2025, a suivi près de 80 000 adultes sur plusieurs années.

Les résultats montrent qu’une alimentation végétale — et plus encore végétalienne — est associée à une réduction significative du risque de cancer, sans augmentation observée pour aucun type de cancer. La diminution du risque est particulièrement marquée pour certains cancers, notamment digestifs et lymphoprolifératifs.

Même si cette étude porte sur des adultes, il est probable qu’une partie des participants ait suivi une alimentation majoritairement végétale depuis l’enfance. Il est donc raisonnable de penser qu’une alimentation végétale bien conduite dès le plus jeune âge puisse contribuer à des bénéfices de santé à long terme.

S’informer, s’entourer, accompagner

Pour sécuriser une alimentation végétarienne ou végane chez l’enfant, il est recommandé d’être accompagné par un·e professionnel·le formé·e en nutrition végétale pédiatrique, afin d’adapter les apports aux besoins spécifiques de chaque âge et de chaque enfant.

Il existe également des programmes d’accompagnement en ligne dédiés aux familles végétariennes et véganes, pensés pour répondre aux réalités du quotidien, ils proposent un cadre structuré et accessible, permettant d’acquérir des repères solides, comparables à ceux transmis au fil de plusieurs consultations avec un·e professionnel·le de santé.

Ces programmes offrent des outils concrets pour appliquer l’alimentation végétale au quotidien, depuis la diversification alimentaire et tout au long de l’enfance: équilibre nutritionnel, micronutriments clés, supplémentation, gestion des allergènes, néophobie alimentaire et relation à l’alimentation y sont abordés de manière progressive et pragmatique.

Quel que soit le format choisi, l’essentiel reste de s’appuyer sur des informations fiables et un accompagnement adapté, afin que l’alimentation végétale puisse être mise en place de façon sereine et cohérente avec la santé et le développement de l’enfant.

Pour aller plus loin : 

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