Mercosur : les cantines posent leurs limites

Bateau de transport

Le 17 janvier 2026, l'Union européenne signe l'accord de libre-échange avec le Mercosur. Trois jours plus tôt, le département du Loiret avait pris les devants : interdiction d'acheter des produits sud-américains dans les cantines de ses collèges. Une réaction en chaîne s'est depuis enclenchée partout en France.

Des départements qui passent à l'action

Le 14 janvier 2026, le département du Loiret annonce sa décision d'interdire l'achat de produits importés d'Amérique du Sud dans les cantines de ses collèges publics (LaFranceAgricole). Cette décision pionnière vise à la fois à dénoncer la concurrence déloyale, puisque les produits importés grâce à cet accord ne sont pas tenus aux mêmes normes environnementales que ceux produits en Europe, à affirmer un soutien à l'économie locale et à réduire l'empreinte carbone des approvisionnements.

Quelques jours plus tard, les Deux-Sèvres indiquent  passer à 100 % d'approvisionnement français pour tout ce qui est cultivable en France dans toutes les cantines des collèges publics, dès septembre 2026 (LaFranceAgricole). Le Tarn a également pris le parti de ne plus fournir les cantines de ses collèges en viande, fruits et légumes sud-américains (France 3 Occitanie). La Côte-d'Or, la Marne, la Seine-et-Marne, l'Ardèche : les départements annoncent à leur tour des mesures similaires (Franceinfo).

En Auvergne-Rhône-Alpes, ce sont 50 millions d'euros annuels de marché publics, pour 1000 structures régionales, qui sont ainsi soustraits à l'accord de libre-échange : cantines scolaires, restaurants d'EHPAD, achats administratifs...

Mercosur : un accord au service de l'élevage industriel

Rappelons ce qu'est cet accord : signé après vingt-cinq ans de négociations, il vise à créer une vaste zone de libre-échange entre l'UE et quatre pays d'Amérique latine (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Il prévoit la suppression d'une large part des droits de douane sur 99 000 tonnes de viande bovine, 180 000 tonnes de volaille et 650 000 tonnes d'éthanol (LaFranceAgricole) importés chaque année.

L'équation est préoccupante : davantage de viande et de produits agricoles importés, c'est plus de déforestation en Amérique du Sud. Un rapport remis au gouvernement français, présidé par l'économiste Stefan Ambec, estime que la hausse de 2 à 3 % de la production de viande bovine résultant de l'accord devrait conduire à une accélération de la déforestation annuelle de l'ordre de 5 % pendant les six années suivant son application (Novethic).

Les écosystèmes menacés ? L'Amazonie, le Cerrado, le Gran Chaco. Selon l'association Canopée, ce sont 700 000 hectares qui sont menacés dans ces trois zones (Franceinfo). On parle ici de la plus grande forêt tropicale du monde, qui abrite 40 000 espèces de plantes, 3 000 de poissons d'eau douce et plus de 370 de reptiles (Franceinfo).

L'élevage et le soja : les vrais responsables

La déforestation de l'Amazonie est due à l'installation de pâturages et de champs de soja destinés à nourrir les animaux d'élevage à travers le monde. L'élevage intensif a augmenté la demande mondiale en soja, poussant des pays comme le Brésil à déforester à grande échelle pour installer de vastes champs de soja OGM cultivé avec des pesticides (Greenpeace France).

→ Pour mieux comprendre ces dynamiques et leurs effets sur les forêts tropicales, consultez notre article sur la déforestation et ses causes principales ici : article déforestation

Début janvier 2026, plusieurs grands négociants internationaux ont annoncé quitter le moratoire sur le soja en Amazonie. Il s'agit d'un accord volontaire historique qui empêche l'achat de soja issu de zones récemment déboisées. Ce retrait s'explique par un changement législatif au Mato Grosso : désormais, les entreprises ne sont plus pénalisées fiscalement pour l'achat de soja provenant de zones récemment déboisées. Il affaiblit ainsi, selon les experts environnementaux, un des rares outils efficaces de réduction de la déforestation liée au soja.

L'élevage du bétail, le commerce illégal du bois et la production de soja comptent en effet parmi les causes principales de la destruction de la forêt amazonienne (Ritimo). Ces activités sont en partie destinées au marché européen, faisant de nos importations un facteur aggravant du dérèglement climatique global.

Le pouvoir des commandes publiques

L'AVF salue et soutient l'initiative de ces collectivités territoriales. Le Loiret, les Deux-Sèvres, le Tarn, l'Auvergne-Rhône-Alpes, la Côte-d'Or, la Marne, la Seine-et-Marne, l'Ardèche : leurs décisions en faveur de l'environnement et des filières locales marquent une vraie volonté politique.

Elles démontrent que les accords commerciaux communautaires concernent directement les collectivités locales... et que celles-ci, par les politiques d'achats publics, disposent de véritables leviers de transition écologique. Il est possible, à l'échelle locale, de refuser des pratiques en désaccord avec les objectifs climatiques.

Les initiatives portées par ces départements et régions montrent qu'une autre voie est possible. L'AVF reste disponible pour accompagner toutes les collectivités souhaitant poursuivre cette transition alimentaire.

Aller plus loin : davantage de menus végétariens dans les cantines

L'élevage industriel sud-américain n'est que le symptôme d'un système global basé sur la surconsommation de produits animaux. Ce système contribue à hauteur de 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon la FAO, tout en alimentant la destruction d'écosystèmes irremplaçables en Amazonie ou ailleurs.

Ces collectivités locales ont manifesté leur attachement à une alimentation saine et juste. Proposer davantage de menus végétariens dans les cantines scolaires est un moyen cohérent de lutter concrètement contre la déforestation et de diminuer l'empreinte carbone de l'alimentation, tout en diversifiant l'alimentation des élèves.

→ Contactez votre municipalité pour qu'elle s'engage à bannir les produits issus de la déforestation importée de ses cantines scolaires et publiques, afin d'amplifier les effets locaux de cette transition.

→ Pour trouver des informations, du soutien et des exemples d'actions locales, rendez-vous sur notre site dédié ; vegepolitique.fr.

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